Fondation des Gouverneurs de l'Espoir

Le 09 mars 2010

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Pour toi mon amour…
31/01/05 @ 16:47

Nous sommes le 31 janvier 2005 et cela fait sept ans jour pour jour. Je me remets à peine de cet ouragan qui a frappé ma vie. En moins d’une heure, tout était détruit. Plus rien n’avait de base solide. Tout a été ébranlé et fissuré.

Je suis assise devant les portes de l’hôpital, il fait froid, je ne porte qu’un mince chandail et je pleure. Je ne sais pas ce que je pleure puisque je ne réalise pas encore l’ampleur des dégâts. Je ferme les yeux et je ressens au plus profond de moi un sentiment d’impuissance. Je n’ai plus de point de repère. Je regarde à l’horizon et plus rien ne se ressemble. Où est mon doux paysage de ce matin?

Je suis si étourdie. Comment retrouver l’équilibre pour me relever? Je fonctionne maintenant en mode d’urgence. Ce n’est que la survie qui devient possible. Essayer de faire face à la réalité qui se dessine malgré nous devant nos yeux. Tout est possible, il est réaliste de penser que nous pourrons reconstruire. Il est réaliste de croire que tout n’est pas à jamais perdu. Il faut maintenant oublier le passé et vivre avec les conséquences de l’ouragan. On y peut rien. On ne peut que constater, évaluer et finalement planifier. La reconstruction peut être longue, au moins sept ans… Je ne veux pas regarder si loin en avant, j’ai peur de ressentir un grand vertige qui pourrait m’empêcher de me relever.

Je n’ai pas le choix : je dois me relever, prendre l’ascenseur, monter au cinquième étage et retrouver mon fils.

Me voilà mon amour, je suis là. J’ai regardé dehors, c’est vrai que tout est détruit, que plus rien ne se ressemble. Cependant, il est possible de tout reconstruire. Tu dois croire maman mon chéri, nous allons rebâtir notre avenir pierre par pierre. Je te promets que nous pourrons de nouveau contempler le coucher du soleil. Je te demande simplement de faire confiance à la vie…

J’écris et je frissonne. Il s’est passé tellement de choses depuis le passage de l’ouragan, de cette tempête de vent qui nous faisait craindre le pire, avec ses pluies torrentielles qui ne faisaient que retarder la construction, et finalement avec le soleil qui se montrait le bout du nez alors que nous l’avions presque oublié.

Sept ans, réalises-tu mon amour le chemin que nous avons parcouru? Réalises-tu à quel point tu es exceptionnel? Durant ces semaines, ces mois, ces années, tu as accepté ces douleurs reliées aux efforts de la reconstruction, et ce, sans jamais te plaindre. Aujourd’hui, tu es le seul qui peut vraiment se permettre de savourer pleinement le nouveau paysage qui se dessine devant toi. Tu as été l’architecte de toutes ces images. Elles t’appartiennent mon chéri…

Ce 31 janvier 2005, je me sens très chamboulée. Tout est maintenant reconstruit… Nous avons réussi. Je vais encore m’asseoir dehors la tête appuyée sur le mur de l’hôpital et lorsque je vais trouver la force de me relever ce ne sera pas pour monter au cinquième étage te rejoindre, mais plutôt pour te tendre la main et marcher à tes côtés vers ce doux paysage.

La mer est redevenue calme. Il aura fallu sept ans pour qu’elle retrouve son lit paisible.

Francine Laplante
Mère de François-Karl Viau
Présidente de la fondation des Gouverneurs de l’espoir