Mardi matin du 20 mai 2008, je reçois un appel à mon bureau. C’est mon amie Marjolaine qui me supplie de la rejoindre chez elle, car sa petite Stella, 5 ans, est en détresse respiratoire et l’ambulance s’apprête à la transporter à l’hôpital Ste-Justine. Stella est condamnée par les médecins depuis février 2007. La tumeur qui s’est logée dans son cerveau est incontrôlable et la science ne peut plus rien pour elle. Depuis plus de 15 mois, elle ne reçoit que des médicaments pour apaiser ses douleurs, et les effets secondaires de ses médicaments ont transformé notre belle petite fille blonde! Complètement défigurée et gonflée au point qu’elle ne peut se déplacer seule, Stella nécessite DES SOINS 24 HEURES SUR 24, SEPT JOURS PAR SEMAINE. Tout ce que les parents peuvent faire, c’est attendre le dernier souffle de leur fille avec une totale impuissance, tout en continuant de vaquer à leurs occupations et surtout en veillant sur les deux autres enfants.
Stella est tombée dans un profond coma dans la soirée du mardi, ce fut la dernière fois que son papa et sa maman ont pu échanger avec elle. Maintenant, la vraie fin était arrivée. Le petit corps de Stella n’en pouvait plus, sa respiration était de plus en plus difficile, ce n’était plus qu’une question d’heures. Les parents se sont donc collés contre leur petite puce dans un petit lit du département d’oncologie. Il leur était tout simplement impensable de ne pas être présent lors du véritable dernier souffle de leur enfant…
Stella est décédée le samedi 24 mai 2008 à 15 h, soit 4 jours plus tard, plus précisément 87 heures plus tard.
Est-ce que vous pouvez imaginer l’espace d’un instant le calvaire des parents? Même si les médecins étaient unanimes quant au fait que Stella n’était pas souffrante, chacune de ses respirations était un coup de couteau dans le cœur de son papa et de sa maman. J’ai assisté durant ces quatre jours à la déchéance physique et psychologique d’une famille entière. Nous savions tous que Stella allait mourir, que Stella était au bout de sa trop courte vie; les médecins, les infirmières, le prêtre, la famille directe et indirecte, tout le monde savait, mais personne ne pouvait rien y faire. Personne n’avait le pouvoir d’agir.
Personne ne pouvait injecter la délivrance!
Aujourd’hui, vous me demandez si je suis en faveur de l’euthanasie. Je vous répondrai par deux questions : avez-vous déjà accompagné une personne en phase terminale? Avez-vous déjà assisté à la mort émotionnelle d’une famille?
Arrêtons de nous mettre la tête dans le sable et agissons de façon responsable au nom de nos enfants, de nos parents malades et surtout du gros bon sens…
Francine Laplante