Fondation des Gouverneurs de l'Espoir

Le 09 mars 2010

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Saviez-vous que...

Actuellement, plus de 2000 enfants sont atteints de cancer au Québec.
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Le verdict final de Nicolas
16/07/09 @ 15:38

Vendredi dernier, première belle journée de l’été. Le soleil était radieux, je savais que malgré cela la journée serait pénible. J’avais promis à mon ami Nicolas et à ses parents de les accompagner à l’hôpital.

Vendredi dernier, première belle journée de l’été. Le soleil était radieux, je savais que malgré cela la journée serait pénible. J’avais promis à mon ami Nicolas et à ses parents de les accompagner à l’hôpital.

Les dernières semaines furent difficiles en tous points pour les Marchand. Transféré de l’hôpital Ste-Justine à l’hôpital Notre-Dame, Nicolas a été évalué par tous les grands spécialistes. D’un rendez-vous à l’autre, les diagnostics étaient différents : une journée on ne pouvait plus rien pour lui, le lendemain matin, un coup de téléphone faisait renaître l’espoir. Peut-être pouvions-nous opérer Nicolas pour enlever ce foutu cancer qui lui ronge le cou? Imaginez un seul instant l’état émotionnel dans lequel Nicolas ainsi que ses parents pouvaient se trouver. Je parlais tous les jours avec lui, j’étais témoin de ces faux espoirs, et je ne voulais pas lui enlever ce rêve si improbable pour moi, ce rêve qu’on lui a créé de toutes pièces pour éviter de lui dire la cruelle vérité. Durant tout ce temps, je voyais que l’état de Nicolas se détériorait, je le voyais souffrir en silence et surtout je percevais bien la détresse profonde des parents. Je me devais de réagir. Il fallait que quelque chose se passe, il fallait avoir l’heure juste pour le bien-être de Nicolas…

En début de semaine, j’ai donc communiqué avec l’hôpital pour lever le drapeau rouge, il y avait urgence d’agir dans la maison des Marchand…. Nous étions minuit moins une!

Après plusieurs argumentations et plusieurs pourparlers, il a été entendu que le matin du vendredi 5 juin, l’équipe médicale de Ste-Justine allait nous rencontrer pour évaluer la situation.

Lorsque je suis arrivée à l’hôpital, la rencontre était déjà commencée, je suis entrée dans la petite chambre et me suis faufilée près du lit de mon ami. La tension était à son plus haut niveau, l’oncologue discutait avec les parents des dernières semaines, il essayait d’expliquer les ratées du système… Mais plus rien de cela n’avait de l’importance, Nicolas n’était pas bien. Qu’allait-il faire maintenant qu’il était trop tard pour agir?

Après avoir écouté les parents, après avoir compati avec leur douleur, pour la première fois, le médecin s’est adressé à Nicolas pour lui dire que c’était fini pour lui, que les chances de guérison et de prolongation, les beaux rêves qui avaient été créés ces dernières semaines n’avaient été que spéculation… Je tenais Nicolas dans mes bras, son corps de bébé avec des poils sous le menton blotti contre moi, les yeux fermés à travers ses lunettes; il encaissait le coup sans broncher, mais je sentais son petit cœur battre à tout rompre. Je me concentrais pour lui transmettre ma compassion, mon amour sans parler, seulement par le toucher.

Et puis, je lui ai demandé à l’oreille : Nicolas, est-ce que tu as des questions? Oui, m’a-t-il répondu, combien de temps me reste-t-il? Un an, deux ans, je veux savoir… Mon cœur a fait douze tours, je savais la réponse, je savais que le choc serait encore atroce! J’ai laissé le médecin faire son travail, c’était à lui de répondre : Non, Nicolas, il ne te reste pas un an; nous parlons de semaine et peut-être de mois, mais pas plus… Il s’est alors collé près de moi et nous sommes restés ainsi quelques minutes sans parler. Les parents complètement dévastés étaient pour la première fois confrontés à la réalité dure et cruelle. Même si au fond d’eux ils savaient, ils savaient ce qu’ils ne voulaient pas entendre.

Après le choc de l’annonce, Nicolas toujours égal à lui-même s’est relevé un peu et a demandé aux médecins comment son départ allait se passer. Il voulait savoir, il voulait se préparer. Si vous saviez tout ce que ce jeune adolescent a dû entendre en moins de quelques heures! Veut-il être réanimé? Non, il ne peut pas aller en Floride. Oui, sa douleur sera de plus en plus forte. Oui, il perdra peu à peu ses forces, et oui sa carotide est très affectée, ce qui peut causer la mort spontanément, en laissant à ses parents une scène d’horreur devant eux!

Je suis sortie de l’hôpital en me posant une panoplie de questions, qu’est-ce que nous aurions pu faire de plus pour sauver Nicolas? Aurais-je pu intervenir plus rapidement et est-ce que l’hôpital aurait pu gérer son « cas » différemment? Et si, et si, et si… Mais aujourd’hui, rien ne pouvait changer le résultat final, Nicolas allait mourir! Quand? Dans un mois, dans une semaine et peut-être aujourd’hui?

Chaque minute qui passe est une minute de plus dans l’échéance de la vie; accompagner Nicolas me permet de savourer chaque minute, chaque instant de ma propre vie; côtoyer les Marchand me permet de profiter pleinement de mes enfants. Et en naviguant dans le milieu hospitalier, je réalise que nous avons un système malade, aussi malade que Nicolas! Je réalise que derrière chacune des portes de l’hôpital se cache une histoire, une histoire qui aurait peut-être besoin de l’intervention de quelqu’un de l’extérieur pour connaître une fin plus heureuse que celle de Nicolas…

Il ne nous reste plus maintenant qu’à soutenir la famille Marchand, il ne nous reste plus qu’à entourer Nicolas d’amour pour lui permettre de se rendre jusqu’au bout de sa trop courte vie.

Francine